Contributions de Jean-Luc Vannier

Sur la pulsion de mort | Robert Samacher

Robert Samacher : Sur la pulsion de mort, Création et destruction au cœur de l’humain, (Editions Hermann, 2009)
 
Probable signe des temps, les ouvrages sur la pulsion de mort pullulent. Elève de Solange Faladé, créatrice en 1983 de l’Ecole Freudienne, Robert Samacher défend vigoureusement un héritage lacanien centré sur la « division » d’un sujet marqué par le concept d’aliénation emprunté à Hegel et qui l’entraîne aux marches de la psychose. Un héritage enrichi par « l’histoire personnelle » et familiale de l’auteur qui en étend l’inventaire jusque dans le réel des institutions psychiatriques. De la doctrine à la clinique, du « lien social » aux « subjectivités », finalement de l’histoire à la politique, ce recueil de textes publié chez Hermann psychanalyse procède du tout analytique, imposant parfois au lecteur l’inconfort intellectuel d’être simultanément ballotté d’un bout à l’autre d’une vaste amplitude de thèmes, mais tous disséqués à la lumière exclusive des enseignements lacaniens.

L’ordinaire de la cruauté | Jean Cooren

Jean Cooren, « L’ordinaire de la cruauté », Hermann psychanalyse, 2009.

 

Le malheur des hommes est la compagne, aussi fidèle qu’insaisissable, de la psychanalyse. Une fréquentation assidue -plus d’un siècle de clinique- qui a permis à ses praticiens de vivre plus sereinement ce concubinage encombrant et intime. Et de comprendre finalement sa glossolalie symptomatique. C’est cet « ordinaire de la cruauté » que le psychiatre et psychanalyste lillois Jean Cooren, freudien libre sinon vagabond, décortique dans un premier recueil publié chez Hermann : séminaires, conférences et articles, autant de subtiles et attachantes réflexions, préfacées, en outre, par son collègue Pierre Delion. 

Rêver avec Freud | Lydia Marinelli et Andreas Mayer

Rêver avec Freud : l’histoire collective de « l’Interprétation du rêve » (Aubier Psychanalyse, 2009) de Lydia Marinelli (Auteur), Andreas Mayer (Auteur), Dominique Tassel (Traduction)
L’histoire de la « Traumdeutung » (L’Interprétation du rêve), ce livre fondateur de la psychanalyse publié en 1899 par Sigmund Freud, rejoint finalement celle de son objet : pluriel, chaotique, angoissant ou jouissif, tantôt confus, tantôt d’une précision millimétrique, aussi « unheimlich » que la psyché qui l’élabore, le rêve subit toutes sortes de remaniements qui accompagnent souvent la progression d’un travail analytique. Il intègre de nouveaux personnages, en exclut d’autres, ajoute ou retranche une séquence à un scénario que l’on croyait pourtant définitivement scellé. Au point de pouvoir transformer la catastrophe récurrente de la dernière scène en « Happy End » idyllique ou, plus rarement, de faire soudainement chuter le rêveur de Charybde en Scylla. Cela dépend de l’analyste !

Résumé des Œuvres complètes de Freud, Tome IV | Collectif

Résumé des Œuvres complètes de Freud, Tome IV, 1920-1939. Editions Hermann, 2009.

Pour celles et ceux, spécialistes ou simples lecteurs passionnés de psychanalyse, qui ont déjà acquis les trois volumes précédents, on ne manquera pas l’ultime travail de l’équipe dirigée par Laurence Joseph et Céline Masson. Celui-ci résume les écrits du fondateur de la psychanalyse pour sa dernière période, la plus importante probablement en terme de contributions et de remaniements des théories analytiques -l’épaisseur de l’ouvrage en témoigne- et ce, malgré de nombreuses années de « souffrances physiques ».

Sigmund Freud-Max Eitingon | Correspondance,

Sigmund Freud-Max Eitingon, Correspondance, 1906-1939. Hachette Littératures, 2009.
 
« Connaisseur minutieux de la psychanalyse, thérapeute expérimenté, penseur au jugement sûr ». C’est en ces termes que Sigmund Freud faisait l’éloge, en 1930, de Max Eitingon, pour aussitôt regretter que celui-ci se soit « refusé à enrichir la littérature analytique par ses contributions » cliniques. L’histoire de la psychanalyse a fini par minimiser le rôle de ce proche disciple de Freud, reléguant souvent son œuvre à celle d’un tâcheron chargé des basses besognes administratives. Une injustice que vient heureusement réparer la publication, par les Editions Hachette Littératures, des huit cent vingt et une lettres échangées par les deux hommes entre 1906 et 1939, soit une correspondance aussi volumineuse et comparable à celle entretenue par le père de la psychanalyse avec K. Abraham, Sandor Ferenczi ou Ernest Jones. C’est dire tout l’intérêt d’une lecture attentive de cet ouvrage fort bien construit et documenté qui éclaire autrement les grands moments de l’histoire de la psychanalyse et aide également à la compréhension des réflexions personnelles de son créateur.

Ferenczi après Lacan | Jean-Jacques Gorog,

« Ferenczi après Lacan », Sous la direction de Jean-Jacques Gorog, Coll. « Psychanalyse », Editions Hermann, 2009.
 
La clinique de Sandor Ferenczi, l’un des analysants de Freud, ressemble étonnamment à cet alcool hors d’âge que Talleyrand offrit à la fin d’un célèbre « souper » au ministre de l’intérieur Fouché pour le convaincre de prendre le parti de Louis XVIII : on s’émerveille, on le prend, on le regarde, on le hume, on pose le verre…et on en parle !

Winnicott, sa vie, son œuvre| F. Robert Rodman

« Winnicott, sa vie, son œuvre », par F. Robert Rodman  (Editions Eres, 2008)
 
Il incarne par excellence la troisième voie. Celle de la psychanalyse pure et dure, serait-on tenté d’écrire, tellement cette difficulté de choisir, cette préférence pour le va-et-vient permanent d’une pensée qui refuserait de s’ancrer définitivement au risque de se figer, correspond à la posture scientifique freudienne. Celle-ci n’hésitait jamais à se remettre en cause à partir des expériences cliniques sur lesquelles elle s’étayait.

Conversations psychanalytiques | Ignacio Garate-Martinez

 Conversations psychanalytiques de Ignacio Garate-Martinez (Editions Hermann)

Loin d’être hermétique, la frontière entre « écrivain et psychanalyste », ainsi que se définit l’auteur, regorge de multiples passages clandestins. Celui, par exemple, qui ouvre un chemin entre « conversation » et conversion - analytique s’entend - se donne juste la peine de modifier un signifiant de la lettre. De conversation à conversion, il n’y a, si l’on ose dire, qu’un pas de « ça » à franchir ! Il en va ainsi de ces « conversations psychanalytiques » proposées par Igniacio Garate-Martinez, survenues entre 1982 et 2003 et qui semblent « tracer » l’empreinte de son propre passage des « années d’apprentissage au « bord de la maturité » de sa pratique analytique. Et lorsque l’on trouve parmi ses « sept interlocuteurs », des figures aussi historiques de la psychanalyse que celles d’Octave et de Maud Mannoni, Michel de Certeau, Xavier Audouard, Joël Dor ou Ginette Michaud, le sentier vicinal devient une allée royale. Et si, malgré toutes ces alléchantes mentions, le lecteur hésitait encore, la puissance poétique du style, la profondeur de l’échange, l’authenticité du propos dès les premières pages de cet ouvrage récemment paru chez « Hermann Psychanalyse », achèveraient de le convaincre de s’engouffrer dans le monde de l’intériorité analytique et de la réflexion sur le sens d’un parcours. Une réflexion toujours bornée par la dimension humaine.

L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage | Henri Rey-Flaud

Henri Rey-Flaud : « L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage, Comprendre l’autisme » (Editions Flammarion, Département Aubier, Coll. « La psychanalyse prise au mot »)
Entre 1943, l’année où le pédopsychiatre américain Léo Kanner publie un article qui, en reconnaissant cette pathologie spécifique, marquait la naissance de l’autisme et le livre récent et passionnant de Henri Rey-Flaud « L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage », une lente évolution amplement nourrie par les travaux persévérants de la psychanalyse, a permis de mieux « comprendre l’autisme ». Et surtout de ne plus le tenir comme une affection « d’origine organique irréversible » mais au contraire comme une halte, un arrêt sur image décrivant, avec « sa cohérence et sa logique propres » nous dit l’auteur, une attente destinée à « relancer la rencontre avec l’autre » qui a fait initialement défaut. Là où chez les autres tout-petits, l’entourage maternel ou parental prodigue les éléments nécessaires à l’étayage des émotions et des excitations par le langage, l’autiste doit faire face à un vide sidéral, un immense « trou noir » pour reprendre l’expression de Frances Tustin, dont il tente de se protéger dans une « solitude » qui laisse le corps physique au seul contact du réel.

« Le premier commandement » de Joseph Conrad | André Green.

 

Joseph Conrad : le premier commandement par André Green (Editions In Press)

Lorsqu’on sait que Sigmund Freud tenait la plupart des écrivains - et leurs capacités de mettre en récit leur introspection - pour des précurseurs géniaux de la psychanalyse, vouloir « analyser » une œuvre de Joseph Conrad, l’un des plus célèbres mais aussi des plus complexes écrivains anglais d’origine polonaise, relève donc d’une forme de défi. « Les livres disent mieux que toute autre chose, le destin des objets dans l’inconscient » explique en forme de justification le célèbre psychanalyste André Green. Ce dernier ne dissimule toutefois pas les difficultés d’une telle entreprise dès l’introduction de son opuscule sur « Joseph Conrad : Le premier commandement ». Un ouvrage dont il admet que le titre initial « La ligne d’ombre » était évidemment de nature à interroger le « désir » de l’analyste et à même de comporter une invitation à l’association libre. Et de spéculer sur plusieurs hypothèses, quitte à découvrir dans la lecture des œuvres de celui qui « rejetait le qualificatif d’écrivain de la mer », leur confirmation à travers les résonances d’affects. Un thème dont le psychanalyste est l’inconditionnel défenseur parmi les multiples découvertes freudiennes.

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