Du blasphème comme nécessité
Ce texte est paru dans Le Monde le 25 novembre 2006
Toutes les religions sont mortifères, tous les monothéismes détestables. Non, il n'est pas irresponsable de le proclamer
A propos de l'affaire Robert Redeker, professeur de philosophie menacé de mort après avoir osé critiquer l'islam dans une tribune parue dans Le Figaro, Renaud Donnedieu de Vabres, successeur d'André Malraux au ministère de la culture s'est, le 20 novembre, cru obligé de rappeler " le devoir de responsabilité aux élites ". " La science, précisait le ministre, peut aussi être mise au service de l'intelligence, pas de la caricature. " Et tout en trouvant évidemment " honteux " que M. Redeker ait été menacé de mort, il a reproché à la tribune signée par ce dernier de ne pas être " sophistiquée "...
Je ne sais trop ce que le ministre de la culture entend par les " élites ". Je sais encore moins, au vu de ses propos chattemites, ce qu'il veut dire au juste par " devoir de responsabilité ". Ce que je sais, en revanche, c'est qu'après Nietzsche et Freud il est difficile à. un lettré de considérer autrement le fait religieux que comme une béquille métaphysique à l'usage des esprits épuisés que l'inéluctabilité de la mort et l'horreur de la corruption des corps effraient au-delà de ce que leur faiblesse peut supporter.
Cette terreur les conduit alors à se bricoler pauvrement des arrière-mondes consolateurs des misères d'ici-bas, un ici-bas dévalué au profit de promesses eschatologiques de rédemption post-mortem. Monnaie de singe avec laquelle les prêtres et la divinité récompensent les comportements dits " moraux ", dont la toxicité et la folie se déclinent du simple jeûne à l'auto-immolation, en passant par les mutilations sexuelles. Les religions, toutes les religions, sont ainsi des délires de l'humanité et, comme le démontrent ad nauseam l'histoire et l'actualité, des délires dangereux.
Non seulement on ne voit pas en quoi il serait " responsable " de taire une telle position critique, mais il apparaît au contraire que le devoir le plus élémentaire est de lutter contre ces entreprises d'essence mortifère que sont les religions. Non seulement il ne leur est dû aucun respect intellectuel et éthique au-delà du cadre légal de l'exercice de la liberté de culte, mais encore convient-il de les combattre philosophiquement en en dénonçant, chaque fois que faire se peut, l'imbécillité, la fausseté, la dangerosité, l'escroquerie, et le grotesque profond. Ridiculiser la religion est une vertu. Le blasphème, à propos duquel il faut d'ailleurs rappeler la notion logique et théologique élémentaire qu'il ne concerne stricto sensu que le croyant lui-même, le blasphème est, plus que jamais, non seulement excusable, mais nécessaire. Il doit être clairement et hautement revendiqué en tant que droit.
Par ailleurs, si le fait religieux peut en toute légitimité être objet d'anthropologie, de sociologie ou d'histoire, " la science " - même dans la version précautionneusement désincarnée et châtrée à laquelle semble rêvasser le ministre de la culture -, confrontée à la réalité objective des contenus de croyances telles, par exemple, la résurrection d'un crucifié, l'exigence de l'ablation du prépuce comme signe de reconnaissance divine ou l'efficacité de la lapidation de Satan à La Mecque, " la science " n'a pas fini de rigoler...
Quant à la " sophistication " réclamée par M. Donnedieu de Vabres et ses émules, elle n'est que le masque de la litote. Une litote méprisable parce que lâche. A ces humanistes d'un nouveau Munich - accords entre Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler, le 30 septembre 1938, qui ont permis l'invasion allemande de la Tchécoslovaquie - , à ces bradeurs de cinq siècles de luttes occidentales pour se débarrasser enfin de l'étouffante étreinte de la peste chrétienne, à ces Daladier de l'insidieuse banalisation de l'inacceptable, à ces colporteurs du gnangnan orientaliste, rappelons que parmi la communauté musulmane néerlandaise, à l'atroce nouvelle de l'assassinat de Theo Van Gogh, ils furent à peine 200 à crier leur indignation à La Haye, le 6 novembre 2004. L'immense majorité des 900 000 autres musulmans, terrassés, il faut croire, par une indicible émotion, restèrent chez eux...
J'ai déjà eu l'occasion de dire dans ces colonnes ma détestation de l'islam en particulier et des autres monothéismes en général. Je persiste et signe.
Patrick Declerck est Membre de la Société psychanalytique de Paris et écrivain
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Il n’y a que très peu de séquences filmiques dans lesquelles Sigmund Freud figure. Je me souviens de quelques extraits où on le voit caresser son chien, fumer son éternel cigare devant une fenêtre (fermée !). Jamais on ne le voit parler de ces patients, et bien sûr, on ne le voit pas parler non plus avec ses patients.
Commentaires
...
Il vaudrait la peine de différencier le fait religieux sous au moins trois aspects. D'un point de vue généalogique, c?est à travers les religions que s'enfante progressivement la notion même d?humanité. D?un point de vue sociologique, les systèmes religieux dérivent souvent, il est vrai, sur un mode normatif et identitaire. D?un point de vue philosophique néanmoins, nombre de religions sont des chemins (non exclusifs) vers le mystère et la spiritualité ? dimensions sans lesquelles l?existence se voit plutôt amputée. Comment se fait-il qu?il y ait quelque chose plutôt que rien ? qu?est ce d?ailleurs que ce «rien» concevable mais non imaginable ? et quelle est ma responsabilité dans cette invention progressive de l?humanité où ma singularité n?est pensable que dans la collectivité ? et ainsi de suite... Comme à titre individuel l'inconscient, les religions restent les grands laboratoires 1
anthropologiques du pire et du meilleur.
Pourquoi tant de haine ?
Je viens donc ici exprimer la pensée d'un humain tout simple, qui ne maîtrise pas le discours savant des psychanalystes et autres gens de plume. Je n'ai le vocabulaire ni la phraséologie qu'il convient d'avoir dans ce sérail... Mon âge (plus de 65 ans) m'a cependant permis d'observer de façon attentive le monde dans lequel je vis, de m'intéresser à son histoire. Il faut bien constater que la religion y a toujours occupé une place que je ne trouve pas, quant à moi, mortifère ni détestable. N'appartenant pas au monde des "savants" comme l'auteur, je n'essaierai même pas de discuter sur le fond, je le laisse à ses certitudes ; mais n'oublions pas : "ce qui est excessif est insignifiant". Voilà pour les propos du savant en question. Des propos que je qualifierai également du même mot que celui qu'il emploie : "détestables". Libre à lui de haïr les religions... je ne partage pas, c'est tout, mais je tiens à le dire.
Cette réflexion est totalement indépendante du cas Robert Redeker - Figaro - Donadieu de Vabres qui introduit les 2
propos de l'auteur si joliment titrés : "du blasphème comme nécessité"...
...
Bernard Bouju parle de son expérience, tranquille, dans un pays tranquille -en ce moment- du point de vue religieux.
Il n'en a pas toujours été ainsi en France...
Il n'en est pas ainsi dans les pays où l'Islam domine.
Qu'il lise donc les livres de Madame Taslima Nasreen ("Enfance, au féminin", "Vent en rafales", "Rumeur de haine", ...) qui décrivent la vie d'une petite fille, puis d'une adolescente, puis d'une jeune femme sincère, naïve et se voulant libre dans le Bengladesh, pour se convaincre que la réalité de la vie des hommes et femmes dans un pays musulmans confine à la folie.
Declerck haït les religieux à cause du pouvoir de folie et de mort qu'elles possèdent, du fait qu'elles interdisent l'exercice de notre rationalité au profit de la croyance en des textes écrits à des époques où l'Homme ne savait rien sur le fonctionnement du monde et de lui-même.
Ce n'est pas parce que tout va bien autour de soi que le malheur n'approche pas à grands pas... et qu'il faut donc prévenir.
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Tony