Le siècle de Freud | Eli Zaretsky
Toute révolution, c’est bien connu, finit par manger ses enfants. « La psychanalyse a contribué à précipiter un changement dans l’esprit du capitalisme qui met maintenant en danger la psychanalyse ». En quelque sorte, la psychologie des profondeurs inventée par Freud aurait elle-même constitué son propre fossoyeur. Tel est le stimulant paradoxe sur lequel l’universitaire américain Eli Zaretsky construit l’essentiel de son ouvrage « Le siècle de Freud, une histoire sociale et culturelle de la psychanalyse ». Celle-ci tiendrait sa prospérité d’être née avec les transformations qui agitaient le XIXème siècle. Transformations articulées sur la « défamilialisation » où la discipline telle qu’elle s’exerce dans la famille bourgeoise cède le pas à la consommation assimilée par l’auteur à un acte consacrant sa différence personnelle et son accession à l’autonomie. Celle là même que procure le passage réussi sur un divan.
Il s’agit de la « contribution cruciale de Freud dans la théorisation de cette disjonction » explique l’enseignant américain. Une seconde modernité succédant à celle des lumières. Après l’individualisme chrétien, la psychanalyse représenterait dans cette optique une deuxième révolution industrielle, un second calvinisme. L’idée de l’auteur n’est pas complètement étrangère à la thèse bien connue désormais de l’ancien journaliste Jean-Claude Guillebaud, élaborée dans son ouvrage « La refondation du monde » : à force de pousser sa recherche de l’individualité, l’individu lui-même s’est perdu, complètement « désafilié » par cette quête jusqu’au-boutiste de son être profond. Un passage totalement déshumanisant de l’intériorité vers la dimension extérieure. A une différence de taille près : là où l’écrivain récompensé par le prix Albert-Londres en 1972 explique ce constat par la prééminence et l’exagération d’une mécanique purement rationnelle, l’ancien militant des années 60 dans le sud américain l’éclaire volontiers par un enchaînement des causes et des effets qu’il se propose de situer au confluent de l’histoire et du marxisme : la psychologie freudienne a connu un âge d’or et un déclin dépendant des conditions politiques et socio-économiques dans lesquelles elle est apparue, puis s’est développée. En témoignent les considérations originales de l’auteur sur le rapport entre la seconde guerre mondiale et la toute puissance de l’Amérique d’une part, et, d’autre part, l’émergence du concept de relation à la mère « au cœur de la psychanalyse ». Ou bien encore la période de la guerre froide qui « influa de manière décisive » sur l’analyse américaine sous la forme d’un repli et d’une promotion défensive du conformisme. Mais à la fin des années 70, la psychanalyse s’est trouvée en contradiction avec une « troisième révolution industrielle » qui voulait « en finir avec les Lumières ». En cause selon l’auteur, la « politique de l’identité », la « critique culturelle lacanienne » et le « féminisme de la seconde vague ».
- Jean-Luc Vannier's blog
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
-
- Version imprimable
- Send by email
- version PDF

Il n’y a que très peu de séquences filmiques dans lesquelles Sigmund Freud figure. Je me souviens de quelques extraits où on le voit caresser son chien, fumer son éternel cigare devant une fenêtre (fermée !). Jamais on ne le voit parler de ces patients, et bien sûr, on ne le voit pas parler non plus avec ses patients.
Des rumeurs courent que Woody Allen a fait 20 ans de psychanalyse. Qui sait si c'est vrai? Il doit pourtant en savoir quelque chose car il a fait un magnifique film, curieusement peu connu, sur les processus en cause lorsque l'on se met à s'écouter - tout comme on le fait en parlant à un psychanalyste.