Mais pourquoi parlent il donc d’addiction ?

Pourquoi diable certains psychiatres persistent-ils à parler d’addiction au sujet des adolescents et des jeux vidéo alors que tous les travaux comparatifs montrent qu’il ne s’agit justement pas de cela(1)  ? Je vois au moins trois raisons à cela. Bien sûr, ils en escomptent des crédits et des créations de postes. Mais ne soyons pas trop terre à terre. A mon avis, deux autres raisons les guident.
La première est leur ignorance des relations complexes que l’être humain entretient avec les images : elles sont toujours recherchées comme un moyen de donner du sens à l’existence, et les échecs sur ce chemin ne permettent pas d’assimiler leur usage à une drogue. D’ailleurs, la consommation excessive d’images se guérit en général très bien par la fabrication des siennes, alors que la consommation excessive de tabac ou d’alcool ne s’est jamais guérie en fabriquant du vin ou du tabac, et encore moins en fabriquant des images !
Mais la raison principale à vouloir faire de la pratique du jeu vidéo une addiction pourrait bien relever de l’estime de soi de ceux qui prétendent s’en occuper. On n’a jamais vu un patient souffrant d’alcoolisme guérir par une psychothérapie. C’est un traitement d’appoint, mais ce sont les médicaments et les groupes d’anciens buveurs qui sont les plus efficaces. Et avec l’apparition des addictions à l’héroïne et à la cocaïne, ce sentiment d’échec n’a fait qu’empirer… En alimentant le fantasme que les pratiques excessives du jeu vidéo à l’adolescence seraient une nouvelle « addiction », certains professionnels comptent bien montrer que cette fois - et à la différence de ce qui se passe pour l’addiction au tabac, à l’alcool ou au haschisch -, ils savent la guérir ! Et c’est vrai : il n’est pas trop difficile de guérir « l’addiction aux jeux vidéo » à l’adolescence, tout simplement parce qu’elle guérit le plus souvent toute seule au moment du passage à l’âge adulte ! Voilà le pas qu’il nous faut franchir. S’il est si facile de guérir « l’addiction aux jeux vidéo » à l’adolescence - contrairement à l’addiction au haschich par exemple - c’est justement parce que ce n’est pas une addiction.
 
(1) Voir blog du 21/02.

Commentaires

Il faut faire de la résistance

Déjà bien sensibilisé à cette problématique par Yann Leroux, qui défend comme vous qu'il n'y a pas d'addiction aux jeux vidéos, je pense que vous avez pleinement raison sur le rôle des images comme "moyen de donner du sens à l'existence" et aussi sur le fait que les pratiques excessives de jeux vidéos sont bien perdent la plupart du temps leur caractère excessif et inquiétant avec la fin de l'adolescence. En vous lisant, je me dis que, lorsqu'on voit le succès médiatique de la thèse en faveur de l'addiction (qui fait qu'on se demande si l'époque n'est pas "accro" à l'idée d'être "accro"...), il serait peut-être temps de réagir collectivement en frappant fort, par exemple en créant une sorte de Collectif de psychologues, psychanalystes, philosophes et autres intellectuels qui non seulement refusent la catégorie d'addiction pour penser les jeux vidéos et le virtuel en général (car derrière tout cela, se promène l'idée d'une addiction à tout ce qui est virtuel, jeu vidéo ou non), mais surtout qui proposent d'autres outils théoriques pour penser à la fois les jeux vidéos et le virtuel en général. Ce serait peut-être bien de faire pour cela un site web dédié, un blog collectif par exemple, et de rédiger ensemble un "Manifeste contre l'addiction au virtuel", qui se verrait complété par des billets des uns et des autres inspirés par le fil de l'actualité sur cette question. On pourrait s'y mettre tous ensemble, avec Yann Leroux, vous, moi, et d'autres psychologues et intellectuels. Les internautes pourraient même signer cela comme une pétition, ou que sais-je encore. Étant donné mes compétences multiples, je veux bien participer, si l'idée intéresse, à la construction d'un tel outil, qui servirait à la fois à informer le public correctement sur la nature exacte des dangers qui les inquiètent concernant le virtuel, et à alerter les médias sur le charlatanisme de certaines théories...

Stéphane Vial
http://www.stephane-vial.net

Il faut aussi donner du sens aux excès

J'ai oublié de dire une chose importante dans mon commentaire précédent. Autant je partage pleinement l'idée que le concept d'addiction est inappoprié pour rendre compte des pratiques excessives des jeux vidéos et des dispositifs virtuels en général, autant je crois indispensable de ne pas négliger la manière spécifique dont les dispositifs virtuels rendent possibles certains excès, excès qui pourraient exister avec d'autres dispositifs, mais que les dispositifs virtuels ont tendance à stimuler avec une efficacité particulière. À moins qu'il ne s'agisse en aucune manière d'excès, et que ce 2
ne soit là qu'une invention de ceux qui ont peur.

Stéphane, un blog recensant les différentes ressources sur les jeux vidéos est très certainement une bonne idée !

Une chose m'avait frappée lorsque j'ai commencé à l'intéresser à cette histoire "d'addiction aux jeux vidéos" : certains joueurs y sont également très attachés, et leur dire que cette addcition n'existe pas suscite des tollés ! Pour certains, le "c'est plus fort que toi" leur permet de négliger d'autres aspects de leur vie sans trop de culpabilité; pour d'autre, le temps qu'il y passent montre bien qu'ils sont bien plus forts que le "c'est plus fort que toi". Au final, on des conditions pour construire une alliance inconsciente autour de cette idée

Bien sûr, lorsque tous les sexagénaires joueront avec un jeu vidéo, la question ne se posera plus. Le problème, c'est qu'en ostracisant pendant une ou deux décennie un élément important de notre culture, nous nous empêchons de réfléchir collectivement aux applications que l'on peut développer et inventer autour et avec les jeux vidéos. Il y a bien entendu les médiations thérapeutiques, mais elle n'intéressent qu'une part infime de la société. Les médiations pédagogiques concernent un nombre bien plus important de personnes. De la même façon qu'aucun jeu n'est thérapeutique en soi, aucun jeu n'est éducatif en soi. Nous avons donc a réflechir sur les propriétés des matières numériques, sur la façon dont nous pouvons les travailler pour en faire des supports d'instruction.

Un article à lire d'Olivier Mauco

Voilà un article qui tombe à pic, de la part de quelqu'un qui semble aller dans le même sens : Olivier MAUCO, "La médiatisation des problématiques de la violence et de l?addiction aux jeux vidéo : fait divers, dépendance 4
journalistique et pénurie d?approvisionnement en sources" - à lire ici : http://www.omnsh.org/spip.php?article173

comment aider mon fils ...AU SECOURS!!!!

thierry virey
Mon fils de 17ans joue a DOFUS.Il passe sa journée entière derrière son ordinateur portable que nous lui avons offert a Noel(quelle erreur).Il est apprenti en charpente traditionnelle chez les compagnons du DEVOIR a Angers qui le mettent a la porte de leur établissement car le considérant comme élément ingérable.Je cherche un thérapeute ou une equipe sur NANTES(ou réside mon fils)pour pouvoir m'aider.PLEASE HELP ME...Quels conseils pourriez vous me
donner?Coment faire?merci par avance pour votre aide précieuse

DOFUS POISON

thierry virey
J'ai bien compris qu'il ne s'agit pas d'une addiction comme le cannabis ou autres drogues,mais ma sitution est très difficile,étant séparé de sa mére mon fils réside chez elle avec son frére de 11ans qui subit les violences de celui ci,car il le remplace par intermitence et ne joue pas comme il faut.Violences verbales et physiques auprés de sa mère car il
menace de se suicider...