Points de Vue

Lettre ouverte concernant l'autisme

Lettre ouverte aux parents d’enfants d’adolescents et d’adultes autistes, a leurs professionnels educateurs pedagogues et soignants

Depuis plusieurs années, quelques rares parents d’enfants autistes règnent dans le monde des associations de parents d’enfants autistes par la terreur, les dénonciations, les calomnies ad hominem et la manipulation médiatique. Jusqu’à présent, nous étions un certain nombre de professionnels de la pédopsychiatrie à y voir le signe d’une souffrance telle qu’en vivent tous les parents dont un enfant est touché par une maladie, un handicap ou une difficulté majeure qui met en jeu son présent et son avenir. Entre-temps, les pratiques et les prises en charge éducatives, pédagogiques et thérapeutiques ont progressé quelquefois de manière notable, notamment en ce qui concerne les neurosciences, mais aussi les techniques éducatives et les psychothérapies intensives.

Petite étude monographique : « Pervert », un tableau de Cyrus Pahlavi

Lorsque la psychanalyse se prend d’un intérêt pour une œuvre d’art, la première question qui vient logiquement à l’esprit concerne la légitimité de cette démarche, et probablement son audace, laquelle consiste à prendre pour cible ou pour objet un élément d’un domaine qui lui est a priori totalement étranger. Point d’impérialisme analytique. Toute production artistique procède, nolens volens, d’une opération où intervient la dimension psychique, souvent inconsciente, de l’auteur. Le père de la psychanalyse entretenait, on le sait, une préférence pour la sculpture qu’il assimilait à l’introspection psychanalytique à travers le per via di levare, le fait d’ôter le trop plein de la matière brute pour faire apparaître le corps du sujet et le laisser advenir dans son authenticité. La peinture correspondait davantage, selon lui, au per via di porre qui ajoute au lieu de retrancher et décrit un mode d’intervention suggestive dans la relation thérapeutique.

De femmes en femmes

Une femme qui dort seule dort avec le diable...(proverbe abyssin cité par E.Jones)

Une femme, des femmes, la Femme…Marie Chantal la peint inexorablement, inlassablement. Comme un éternel retour, une expression compulsive, une force impossible à maîtriser. On ne sait plus très bien qui de l’artiste ou de la femme devient la chose de l’autre, qui, de la toile ou de l’observateur, se plaît à jouir de la possession de l’autre.

Possédée, Marie Chantal l’est certainement. Il suffit pour s’en convaincre de balayer son regard sur la trentaine de portraits de femmes, toutes plus fatales, plus castratrices, plus félines les unes que les autres. Cette sensualité portée à son paroxysme les rend à la fois effrayantes et excitantes. Qui se prive de souffrance ne peut accéder à la jouissance. Un rêve ou un cauchemar selon le désir de l’autre, de celui ou de celle qui se laisse prendre dans leurs rets.

Comprendre la gestation pour autrui

Les lois bioéthiques de nombreux pays ont eu à décider s’il était admissible, au regard des valeurs de leur société, qu’une femme décide d’apporter son aide à une autre femme qui, pour des raisons d’ordre médical, ne pouvait porter d’enfant. Dans le scénario moderne de gestation pour autrui (GPA) dont il est question depuis la fécondation in vitro : une femme, elle même mère de ses propres enfants, décide de porter, pour un couple qu’elle a choisi des embryons qui lui sont étrangers, tant à elle qu’à son compagnon. Une seconde mère assure ainsi dans le cadre de ce protocole de médical la seule gestation du bébé, et ce pour un couple de parents d’intention qui sont le plus souvent également les parents génétiques, l’embryon ayant été conçu avec leurs gamètes. Ce protocole de « maternité partagée » pose deux questions majeures, l’une psychologique et éthique, l’autre juridique.

Il ne faut pas empêcher la vérité de sortir de la bouche des enfants !

Ce texte est rédigé par les Dr Sylvain Gross et Dr Jean-Pierre Lebrun pour le bureau du groupe POPP (psychiatres d’orientation psychodynamique et psychanalytique) dans le cadre de l’Appel des praticiens de l’écoute contre la bio-domestication de l’humain (Meeting à Bruxelles le 14 juin 2008 )

Depuis quelques années, nous assistons au passage subrepticement organisé mais de plus en plus évident, d’une pratique psy-médico-sociale centrée sur le malaise du sujet à une pratique gestionnaire centrée sur le contrôle de ses actes, conduites et comportements.

Le psychanalyste face au « manque » de l'héroïnomane

Lorsqu'un héroïnomane se présente dans un centre de soins spécialisés aux toxicomanes, il verbalise le souhait d'être protégé de la douleur du « manque » qu'il éprouve en cas d'arrêt ou d'insuffisance de sa consommation de substances opiacées. Certes, la mise en place d'une cure de sevrage en milieu hospitalier ou d'un traitement de substitution apporte une réponse efficace à l'aspect physiologique du syndrome de sevrage, mais la répétition à plus ou moins long terme du comportement addictif montre qu'une douleur en cache ici une autre, que celle du corps masque et exhibe, tour à tour ou de façon simultanée, celle de l'esprit et que cette dernière requiert, quant à elle, une réponse psychologique : c'est à cet endroit que la psychanalyse peut s'en mêler !

Vu du divan | Une séance "bien sanglante"

Signe des temps : analysants, psychiatres, analystes en formation tiennent leur blog. Ainsi en va-t-il d'Ardalia qui nous prête ce billet, Une séance "bien sanglante", posté le 29 novembre 2007 sur son blog Bulle de papier.

Quand je sors dans la rue, un peu sonnée, aujourd'hui, une épaule crispée, les tripes à peine remises en place, mais encore fumantes et pas bien calées, j'estime en général si la séance a été "sanglante".
C'est mon mot, "sanglante", je pourrai dire "cuisante" aussi. Pourtant, il n'y a pas de sang, pas de punition, au contraire, il y a du soin. Mais du soin qui se fait dans les larmes. Le soin, c'est vider le pus, vider les haines honteuses, les désirs interdits, les espoirs déchirés. Le soin, c'est regarder le plus noir de soi, raconter les conditions d'émergence de cette noirceur, pourquoi elle a fleuri et comprendre pourquoi elle a été refoulée.

La France a des haines

Le recours a des tests ADN afin de fournir la preuve de liens familiaux se retrouve aujourd’hui au cœur d’un vif débat de société. Aujourd’hui, selon une étude de l'université de Nijmegen aux Pays-Bas sept pays de l'UE (Autriche, Belgique, Finlande, Lituanie, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni) mentionnent dans leur législation la possibilité de recourir à des tests ADN en cas d'absence de documents. La Commission européenne en rajoute dans ce sens établissant que la France ne violerait aucune règle européenne en procédant à des tests ADN pour contrôler le regroupement familial, pratique déjà utilisée dans d’autres pays de l’UE. Ainsi une lecture toute formelle de la loi ne peut faire obstacle à cette mesure.

"Papa, je vais le dire à maman", ou la destitution des pères

Cet article est initialement paru dans La Libre le 10 octobre 2007

Affiches massives le long des autoroutes, spot publicitaire à la Une, oui, le ton est donné, on officialise l'autorité enfantine : "Papa, mets ta ceinture ou je vais le dire à maman." Fini pour l'enfance ce temps joyeux et insouciant où l'on préconisait aux parents d'être les guides de la génération montante. Force est de constater que le rôle des générations s'y retrouve raboté, voire même inversé.

Dorénavant institutionnalisé responsable young passenger, l'enfant, qui, depuis les années septante, avait acquis pas à pas le grade d'Enfant Roi, se voit adouber du devoir d'être un Enfant Chef. C'est à lui qu'incombe dorénavant une part de responsabilité de la sécurité routière. Et pas question d'y échapper, c'est écrit en toutes lettres.

Du nécessaire naufrage du moi

Paru initialement dans Le Monde le 24 mai 2007

Dans le monde qui nous entoure, nous nous trouvons toujours, consciemment du moins, "en pays de connaissance" ; les objets, les êtres que nous percevons sont délimités et répertoriés. Nous savons que ceci est un arbre, que c'est Jean, ou à tout le moins "un homme", qui vient à notre rencontre, etc. L'expérience est rare, et toujours troublante, de se trouver en présence de l'innommable, d'une somme brute de sensations radicalement étranges, c'est-à-dire étrangères à notre univers de choses nommées. Le cauchemar parfois affronte cet insensé, et, angoissés, nous nous hâtons d'en sortir.

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