La « Dizaine pour apprivoiser les écrans », c’est aussi « Dix jours pour réapprendre à vivre ensemble »

2012 arrive, et c’est donc le moment de prendre de bonnes résolutions. Parmi elles, je vous propose d’inscrire la réalisation d’une « dizaine pour apprivoiser les écrans ». En France, la première expérience de ce type a été lancée en mai 2008 par Serge Hygen à l’école du Ziegelwasser à Strasbourg, sous l’intitulé « Le défi des 10 jours pour voir autrement ». Les médias l’ont malheureusement appelée « le défi des dix jours sans écrans ». Hélas ! C’est plus spectaculaire et polémique, mais totalement faux ! En effet, il ne s’agit pas d’empêcher les enfants de regarder la télé ou de jouer aux jeux vidéo, mais de les inviter à choisir les programmes et les jeux auxquels ils tiennent vraiment. Parallèlement, les parents et des éducateurs leur proposent d’autres activités qu’ils sont libres de suivre ou non. C’’est une façon de rendre aux enfants le désir et la liberté d’être des spectateurs actifs en les invitant à tout moment à choisir ce qu’ils ont envie de faire et de regarder. Partout où cette expérience a été menée, elle a provoqué des changements durables dans les habitudes des jeunes et des familles. La revue Non Violence actualité y a consacré son numéro de janvier février 2009 (www.nonviolence -actualité.org ).
Cette action est inspirée de celle que Jacques Brodeur a lancée au Québec, dans les années 2000, et qu’il a appelé « Le défi de la dizaine sans télé ni jeu vidéo ». Inspirée, mais pas semblable. Jacques Brodeur avait lui même pris modèle sur le programme Student Media Awareness to Reduce Television (SMART) mis au point et testé par Thomas Robinson en 1999 en Californie (USA) dont le but, comme son nom l’indique, n’était pas de supprimer la consommation d’écrans, mais de la réduire.
Car il ne suffit pas de regarder moins la télévision pour aller mieux. On peut même s’adonner à des activités encore plus abrutissantes ! L’important est d’apprendre à utiliser les écrans pour le meilleur, c'est-à-dire pour leur pouvoir d’augmenter notre liberté, et d’échapper au pire, à savoir le risque de leur emprise. Un moyen d’y parvenir est de développer d’autres activités complètement différentes, mais aussi d’encourager toutes celles qui permettent de prendre du recul par rapport aux médias, comme d’inviter les enfants à faire leurs propres images, leurs propres photographies et leur propre cinéma, pour devenir les créateurs de leur propre imaginaire. Regarder moins la télé n’est utile que si on la regarde autrement, et fabriquer des images peut y aider. Sans compter que partager les savoirs et la passion des images est aussi une façon de créer du lien !
Cette « Dizaine » n’est donc pas faite pour nous convaincre d’éliminer les écrans de nos vies, mais pour nous apprendre à ne plus nous laisser tyranniser par eux. « Apprendre à voir autrement », c’est tout autant porter un regard différent sur les écrans que réfléchir à leur place dans nos existences.
Ceux qui passent le plus de temps devant les écrans sont en effet souvent ceux qui sont le moins confiants dans la vie et dans leurs propres possibilités. Ils y trouvent un refuge facile, et de ce point de vue, les jeux vidéo ne sont guère différents de la télévision. C’est pourquoi les alertes sur les effets négatifs de la surconsommation d’écrans sont le plus souvent sans effet. Bien sûr, beaucoup d’entre nous sentent bien qu’il n’est plus possible de se laisser happer par les écrans, mais nous ne voyons pas comment nous y prendre pour vivre autrement. Et c’est bien normal, parce que la plus grande violence des écrans est justement de nous enfermer dans la solitude. Nous n’y voyons que bien rarement la valorisation des actions collectives, du débat, de la controverse et de l’échange. Du coup, chacun reste seul face à son questionnement. Pour voir le monde autrement, nous avons besoin d’expérimenter des solidarités concrètes autour d’objectifs précis, et la « Dizaine pour apprivoiser les écrans » en est justement l’occasion.
Ce n’est pas pour rien qu’elle prend appui sur les enfants. Ils sont les adultes de demain qui élèveront leurs propres enfants avec d’autant plus de discernement vis-à-vis des écrans qu’ils auront été aidés eux-mêmes à y réfléchir.
 

Commentaires

Retour d'expérience

Nous reprenons ici le retour d'expérience que nous adresse Serge HYGEN et invitons, pour plus d'informations,  à visiter les pages qu'il mentionne

Je suis tout à fait en accord avec les propos de Serge TISSERON et confirme  que , pour avoir accompagné plusieurs écoles dans la mise en oeuvre de défis "10 jours pour voir autrement" (voir présentation du défi sur notre site internet :  http://www.ecoconseil.org/decouvrir-nos-actions/sensibilisation-et-forma... ) , ces projets sont vraiment (re)créateurs de liens sociaux et familiaux et ce bien au delà des 10 jours du défi...
 
J'ai réalisé une enquête auprès des parents de 4 écoles strasbourgeoises qui avaient relevé le défi (2 écoles avaient relevé le défi en 2009 et 2 écoles en 2011).
 
 Cette enquête cherchait à savoir si le défi avait un effet sur les comportements des enfants au delà de la période des 10 jours du défi...
 les résultats semblent plus que positifs, pour ne citer que deux des résultats de cette enquête :
 
 - 50% des parents qui ont répondu à l'enquête (222 retours / 601 questionnaires diffusés) considèrent que leurs enfants passent moins de temps devant les écrans depuis qu'ils ont relevé le défi...
 
 - 45,5 % des parents qui ont retourné leur questionnaire considèrent que le défi a eu des effets sur la vie de l'ensemble de la famille avec notamment une augmentation des sorties en familles et plus de discussions et d'échanges
 
 Vous trouverez, pour plus d'information, une synthèse de cette enquête et un tableau avec les données chiffrées issues de l'enquêtesur notre site internet :
 http://www.ecoconseil.org/actualites/archives/defi-bilan-2-ans-apres