La rencontre explosive de mon intimité avec celle du monde

Les révolutions dans les pays arabes, les catastrophes au Japon, et maintenant le procès DSK., sont autant d’événements qui nous ont bouleversés dans un laps de temps très court. A tel point que nous pouvons nous demander : le monde va-t-il plus vite qu’avant ? Est il devenu plus imprévisible et spectaculaire ? Probablement pas, mais le fait est qu’il nous parvient différemment. D’abord, la miniaturisation des instruments de capture d’images nous confronte de plus en plus à l’intimité des protagonistes des divers drames de la planète. Et, parallèlement, l’omniprésence de nos récepteurs nous amène de plus en plus à découvrir le monde dans des situations d’intimité : dans notre salle de bains, à notre petit déjeuner, dans notre voiture ou encore dans les transports en commun grâce à notre téléphone mobile. La rencontre de ces deux intimités, celle du monde et la nôtre, est explosive, et elle l’est d’autant plus qu’elle touche des citoyens fragilisés par leur propre précarité affective ou professionnelle.
Dans un premier temps, bien sûr, le débordement émotionnel nous guette. Mais très vite, c’est bien plutôt le retrait que nous installons pour tenter de nous protéger. En effet, l’empathie n’a pas qu’une dimension affective qui consiste à nous rendre sensible à la souffrance d’autrui. Elle a aussi une dimension cognitive qui consiste à comprendre comment des expériences différentes du monde peuvent organiser autrement le monde intérieur de l’autre, et une dimension comportementale qui consiste à pouvoir agir pour transformer la situation.
Aujourd’hui, la façon dont l’intimité du monde fait en permanence effraction dans notre propre intimité peut finir par épuiser l’affectivité, émousser l’empathie et aboutir à une forme de retrait émotionnel. Du coup, l’envahissement par les médias aurait l’effet exactement opposé à celui dont on aurait pu rêver : au lieu de nous rendre plus sensible au monde, il favoriserait notre repli sur nous-mêmes ou le petit groupe de nos proches. C’est ce mouvement qui semble malheureusement se préciser : dans l’Europe entière et aussi dans d’autres pays, on assiste à un repli sur des valeurs « nationales, » et à des discours ouvertement xénophobes. Un peu d’informations développe l’empathie pour le monde, un excès d’informations ne finirait-il pas par la détruire ?

 

Commentaires

Il me semble que c'est une

Il me semble que c'est une réaction "normale" de défense du psychisme que de se distancer face à l'information perçue de manière trop intime. Cette intrusion virtuelle, qu'elle soit télévisuelle ou virtuelle, me fait penser à une sorte d'inceste de deuxième type, dans un monde où les limites sont sans arrêt transgressées, dans un monde où l'on n'a plus conscience de l'importance du tiers. Dans ces mondes où l'image s'empreinte directement via l'écran à l'esprit, il y a "violation". D'où la montee des "extrémismes frontaliers", qu'ils soient nationalistes, religieux etc.. Ces extrémismes viennent de manière aussi rigide et violente qu'est l'intrusion, mettre une limite, une séparation. Ce qui me parait être primordial aujourd'hui, dans ce monde incesté, c'est de rappeler l'importance du tiers qui vient marquer la distance, la reflexion, et l'altérité respectée, qui permettent de percevoir le monde et donc les autres sans stress, ce qui peut laisser place à une meilleure comprehension et ecoute, et donc à l'empathie.

Quand je marche dans la

Quand je marche dans la rue, je croise des gens, le regard fuyant vers un horizon infini, la main porté à l'oreille. Ils parlent à un interlocuteur invisible qui n'existe que pour eux dans leur rapport d'intimité partagée.


Le rapport social à l'univers des autres est modifié. Nos rapports sociaux sont différents. L'intimité déborde des limites spatio-temporelles classiques, elle est partout (et nulle part?).


Cette "extimité" là est-elle la nouvelle façon de partager notre intimité? Je ne sais, mais provoque t'elle une usure du niveau d'empathie des uns vis à vis des autres, je le pense. A force de ne pas se croiser, nos regards deviennent distant et notre perception du monde change.

Surproduction?

Ne s'agirait-il pas plutôt -  ou concuremment - d'un phénomène classiquede surproduction d'éléments standardisés? Les medias traditionnels se précipitent tous au même moment sur les mêmes os à nous faire ronger et parlent à peu pès tous de la même chose,qui doit être "spectaculaire".  A force, ça gave...

Oui, mais ce caractère

Oui, mais ce caractère moutonnier es médias n'est pas nouveau. La nouveauté est en revanche du côté de leur irruption dans mon intimité, qui rend impossible d'échapper à leur impact

L'irruption de l'information

L'irruption de l'information dans notre intimité est brutale... Mais la soudaine disparition de cette information est brutale de la meme manière. Les médias zappent d'une actualité à l'autre, d'une catastrophe à l'autre, ... C'est ce double choc qui est vraiment brutal.

Je suis complètement

Je suis complètement d'accord, c'est vrai, la brutalité se fait autant à l'entrée qu'à la sortie: irruption sans préparation émotionnelle à l'événement grave que nous découvrons; puis interruption brutale de l'information au profit d'un autre sujet au moment où nous commençons à nous familiariser un peu et à commencer à avoir des bribes de compréhension. D'où l'importance des forums et lieux d'échanges sur Internet pour nous familiariser non seulement avec l'info, mais aussi avec ce qu'elle nous fait vivre.