Quel intérêt peut-on accorder aux rêves ?

Freud invente la psychanalyse en travaillant d’abord sur ses propres rêves. Son intérêt pour eux ne se dément pas. Il continue sa vie entière à leur donner une place essentielle dans la compréhension de la vie psychique. Ils sont pour lui « la voie royale vers l’inconscient » parce qu’ils mettent en scène la réalisation de nos désirs enfouis, même si c’est de manière masquée et apparemment incompréhensible.
Un peu plus tard, un autre psychanalyste, Sandor Ferenczi, attire l’attention sur le fait que les rêves ne sont pas toujours un accomplissement de désir. Ils n’en constituent parfois qu’une tentative. Lorsque nous avons été gravement éprouvés par une situation difficile, nous rêvons rarement que celle-ci se déroule selon nos attentes. Nos rêves la montrent plus souvent se répéter de façon dramatique : c’est le rêve traumatique. Peu à peu, ces cauchemars deviennent moins effrayants, ils s’enrichissent de digressions et d’images nouvelles, la guérison est en chemin.

 

Ces deux modes d’emploi des rêves sont complémentaires. Il y en a qui nous éclairent sur nos désirs passés et présents, tandis que d’autres nous accompagnent dans l’effort où nous sommes engagés pour dépasser des traumatismes vécus.

 

Aujourd’hui, les psychanalystes considèrent que les rêves sont une porte d’entrée importante vers la connaissance de nous mêmes, mais pas la seule. Nos rêveries diurnes, nos actes manqués, le choix de nos passe-temps et de nos hobbies, tout cela détient aussi une petite part du secret dont nous couvrons nos compromis coupables et nos souhaits inavouables. Les rêves, s’ils n’ont plus en psychanalyse le statut privilégié qu’ils avaient par le passé, conservent pourtant une place exceptionnelle pour chacun d’entre nous. Nous en souvenir, c’est garder entrouverte la porte qui donne sur notre imaginaire. Nombreux sont les créateurs, écrivains, peintres ou cinéastes, qui disent puiser dans leurs rêves nocturnes la matière de leur création.

 

Le psychanalyste, en accueillant nos rêves, nous invite à nous en souvenir et à les mettre en mots. Même s’ils ne nous éclairent pas toujours sur ce que nous sommes, ils nous permettent de ne pas laisser la vie quotidienne se refermer sur nos richesses intimes. Il rappellent que notre psychisme a ses propres règles que nous sommes loin de pouvoir maîtriser, et qu’il faut parfois accepter d’en être le spectateur avant de vouloir lui donner une orientation nouvelle.

 

Paris, le 8 septembre 2005